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Le deuil d’un père, 6 mois après

Papa, déjà 6 mois que tu es parti et toujours cette même douleur … Ces souvenirs qui défilent dans ma tête, bons comme mauvais. Je suis si triste que tu ne sois plus là. Les jours, les semaines et les mois passent mais rien n’y fait. J’ai tellement de chagrin et cette impression que rien ne pourra jamais l’apaiser. La blessure est si vive. Je ne sais pas si c’est normal mais je me sens démunie face à cette situation, à ce deuil, que je ne maîtrise pas et qui m’échappe. Je tente de faire face, de m’accrocher et de garder la tête haute mais les abysses ne sont jamais très loin et m’attirent vers leur profondeur. Des larmes coulent encore beaucoup trop souvent car tout me ramène à toi : une musique à la radio, des photos, entendre parler de réanimation, de Tours, de l’hôpital, croiser une ambulance ou encore manger une madeleine.

Réaliser

Ces images, ces rêves que je fais, qui me font croire que tu es encore là. Ces instants volés, vite chassés par une réalité qui les rattrape. C’est très difficile de songer à tous ces projets que je fais et dont tu n’entendras jamais parler, que tu ne verras pas se concrétiser. J’ai souvent le réflexe de me dire “ah tiens, il faudrait que je le raconte à Papa !“, avant de me rappeler que tu n’es plus là. Tu me manques affreusement. J’explose intérieurement de garder toute cette peine mais aussi toute cette colère. Je ne sais pas à qui ou à quoi j’en veux exactement mais je trouve ton départ tellement injuste et brutal, que cette rage ne désemplie pas. Elle m’envahit régulièrement et dans ces moments-là, j’ai envie de tout détruire autour de moi. De tout envoyer valser et de frapper dans quelque chose jusqu’à épuisement, littéralement. Le sport m’aide à évacuer ce trop plein mais rapidement, la tristesse reprend le dessus … Et je sens de nouveau ce goût salé sur mes lèvres. Je suis fatiguée, tellement fatiguée de devoir composer avec ces émotions si intenses. Je pensais qu’avec le temps, mes maux s’apaiseraient d’eux-mêmes mais il n’en est rien ou presque. J’arrive juste à parler de toi sans pleurer systématiquement. J’ai trop gardé en moi et il est temps que j’arrive à parler de ce que je ressens, pour enfin faire mon deuil.

Se souvenir

Je n’y peux rien, j’ai ce besoin viscéral de parler de toi, encore et encore, comme pour te permettre de vivre encore un peu à mes côtés. Parfois, je ne réalise pas que tu es parti et puis d’un coup, je prends conscience de tout et la réalité me frappe de plein fouet ; aussi fort que ma colère. Je revis ton départ, la maladie, et tout ce qui s’est passé depuis ce 1er mars 2020, qui nous a bouleversé. Depuis cette date et ton infarctus, la vie ne t’a pas ménagé et ne nous a pas ménagé non plus. Jamais je n’oublierai le moment où tu as été transféré à Tours, et ton regard à la fois apeuré et rassurant. Personne ne savait ce qui allait alors se passer. Après 2 mois de coma, des opérations lourdes et la pose de ta machine, il y a eu ta “résurrection” comme j’aime l’appeler. Ton retour à la vie après un combat de titan et ton envie de te battre pour vivre encore longtemps. Tu as bluffé le corps médical et défié la médecine ; je te croyais presque invincible. Toi, et ta bonne étoile. Celle qui t’a permis d’avoir une greffe inespérée, tombée du ciel 2 jours après la St-Valentin, fête des cœurs et de l’amour. Je me souviendrais toute ma vie de ton appel, ce soir-là, à 21h, en pleurs pour m’annoncer qu’un cœur était en route. J’étais à la fois si fière d’être celle avec qui tu partageais cette grande nouvelle, heureuse pour toi et effrayée par cette intervention impressionnante. On allait te changer ton cœur, celui qui ne faisait plus le job depuis presque 1 an. Celui qui nous en avait fait voir de toutes les couleurs mais qui faisait de toi celui que tu étais. L’attente du verdict était insoutenable. Et puis d’un coup, l’infirmière m’informe que tu es remonté en réa, et que tout s’est bien passé ! La joie, et surtout plus de machine ! Ce heartmate qui t’a sauvé la vie quelques mois auparavant mais qui était en train de te détruire, enfin retiré !

Refaire l’histoire

Et puis … plus rien. Tu as tout envoyé valser du jour au lendemain, sûrement à cause de tout ce que tu avais subi durant tous ces mois … Cette paranoïa qui s’est installée et qui t’a rongé. Pendant près de 3 mois, le silence. Ton silence. Ton absence. De mon côté, l’envie incessante de t’écrire, de comprendre. Mais le dialogue n’était malheureusement pas possible à ce moment-là … Un silence brisé par cet appel, le 6 juillet 2021 ; jour de l’anniversaire de ma petite sœur. Ce médecin qui m’apprend que tu as un lymphome hyper agressif (complication post-greffe) et que tu as demandé à ce que je sois prévenue. Cette main tendue que je n’ai pas eu le temps de saisir. Cette fenêtre qui n’est restée ouverte que quelques heures … Je n’ai pas eu le temps de t’écrire un message pour t’annoncer ma visite car tu as été placé dans le coma le lendemain matin. Tu l’étais toujours quand je suis venue te voir et tu n’en es jamais sorti … 5 jours plus tard, le 11 juillet 2021, j’ai reçu cet appel tant redouté. Celui que nous avions déjà reçu pendant ton premier coma. Celui qui vous fait mal au ventre et trembler de tous vos membres. Celui qui vous dit que si vous souhaitez lui dire au revoir, il faut venir tout de suite. J’étais au plus mal mais je ne pouvais pas concevoir que tu partes seul alors j’ai tout quitté et je suis venue. Je t’ai tenu la main jusqu’au bout et je suis “contente” de l’avoir fait et de t’avoir accompagné. Tu sais, j’essaie de ne pas vivre avec la culpabilité mais il est difficile de ne pas de me repasser l’histoire en boucle dans ma tête. J’aurais tellement aimé pouvoir te parler avant que tu ne sois placé dans ce coma et entendre ta voix une dernière fois. Je sais que tu as entendu la mienne et senti ma présence, ce qui me réconforte un peu.

S’accrocher et avancer

N’en déplaise à certain(e)s, je continuerai à entretenir ta mémoire jusqu’au bout, sois en assuré. Je continuerai aussi à parler de toi à mon fils, que tu aimais tant et qui te le rendait bien. Pas facile d’expliquer la mort et le deuil à un enfant de 3 ans, mais Paul a bien compris. Il sait que tu es au ciel, apaisé, et que tu nous regardes à travers les étoiles. C’est notre façon à nous d’imaginer où tu es maintenant. Je suis une femme forte et je sais que je me relèverai, que je me battrai comme je l’ai toujours fait. Mais j’ai besoin de temps, de faire le point ; d’accepter ce deuil. Comme toucher le fond pour mieux rebondir. Je veux que tu continues à veiller sur moi et à être fière de qui je suis. Nous avons toujours eu cette relation spéciale, ce lien qui nous unissait même si tout n’a pas toujours été rose ; loin de là. Mais aujourd’hui, je suis vidée car j’ai l’impression d’avoir perdu une partie de moi, qui ne pourra jamais être comblée comme avant. Cette année, j’aimerais retrouver le sourire, le vrai. Pas celui que j’affiche sur les photos ou en société. Celui que je réserve aux jolis moments et au bonheur. Celui qui me caractérise et qui illumine mon visage. Je te promets de toujours rester celle que tu as connu et de ne jamais oublier. Toutes ces épreuves si difficiles soient-elles, m’ont beaucoup appris. Elles m’ont permis de revoir le sens de mes priorités et m’ont ouvert les yeux sur énormément de choses. Je sais désormais où je vais et plus que jamais avec qui j’ai envie d’y aller. Quant à toi Papa, je te laisse cette place spéciale dans mon cœur, celle qui te permettra de m’accompagner où que j’aille et quoi que je fasse. J’espère que tu vois tout de là où tu es et que tu verras mon (ou mes) enfant(s) grandir. Je t’aime, si fort.

– Ta fille

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