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Mon allaitement, entre bonheur et tourments !

C’est assez drôle car avant de tomber enceinte et lorsque j’en parlais autour de moi, j’étais plutôt catégorique sur le fait que JAMAIS de ma vie je n’allaiterais ! J’ai toujours eu des positions assez tranchées et je pensais réellement que cela n’était pas fait pour moi ; que je ne serais pas l’une de ses mamans allaitantes que je voyais un peu comme des “vaches laitières”. Cela me rebutait et, même si je respectais le choix de ces mères, je ne me retrouvais pas à travers cela. Or quand j’ai appris ma grossesse, j’ai eu comme une révélation (rien à voir avec l’apparition d’une divinité, je vous rassure !) et me suis alors surpris à en rêver … J’avais réellement hâte de mettre mon enfant au monde afin de tenter cette aventure ! 

Au fur et à mesure de l’avancée de ma grossesse, mon envie se faisait de plus en plus grande. J’ai donc recueilli beaucoup d’informations (dans des livres et sur le site de La Leche League) et j’en ai longuement discuté avec ma sage-femme qui a elle aussi été allaitante (j’appréciais d’ailleurs le fait qu’elle ne force pas du tout la main à ce sujet, et qu’elle respecte le choix de la future maman). Je me sentais confiante avant mon accouchement et ne m’étais pas fixé de contraintes ; je pensais initialement tenter l’expérience sur 1 ou 2 mois, jusqu’à la reprise de mon activité professionnelle. Mes deux grandes appréhensions étaient alors de ne pas avoir assez de lait (ou qu’il ne soit pas assez nourrissant) et d’avoir mal au point de ne pas pouvoir continuer.

Le jour de mon accouchement et de la grande rencontre avec Paul, j’ai ressenti une émotion extrêmement particulière lors de la première mise au sein. J’étais très enthousiaste mais aussi émerveillée de voir à quel point la nature était bien faite. Mon tout-petit, qui n’avait même pas encore une heure de vie, était déjà en train de téter, blotti tout contre moi. Je n’oublierai jamais cet instant qui s’est avéré magique et rempli d’amour ; la fusion était totale, alors même que le cordon qui nous unissait était coupé. Contrairement à ce que l’on peut penser, le papa n’a pas été exclu de ce moment car même s’il n’a pas pu ressentir la même chose que moi (notamment physiquement), il l’a vécu autrement et était très ému du tableau qui s’offrait à lui. Ensemble, nous formions désormais une famille et lui, pouvait contempler cela de l’extérieur, sans en perdre une miette.

Les jours et les semaines qui ont suivi la naissance ont été un peu compliqués car il s’agit d’un véritable chamboulement – tant physiologique qu’émotionnel. Paul réclamait toutes les deux heures environ, de jour comme de nuit. Je manquais donc cruellement de sommeil et cela a véritablement été le plus dur à gérer. C’est à ce moment que j’ai clairement compris qu’en étant à ce point fatiguée, je n’étais plus vraiment moi-même et que j’ai saisi à quel point la privation de dormir pouvait être une torture. J’ai eu des périodes très difficiles, surtout lors des deux premiers mois, car je ne parvenais pas à m’organiser et à rattraper toutes ces heures de sommeil. Je me mettais une pression très importante car je souhaitais que tout soit parfait. J’avais tellement dû me mettre entre parenthèse et limiter mes efforts / déplacements pendant ma grossesse que je voulais absolument tout faire moi-même. Le souci, c’est qu’avec un bébé en plus et de surcroît à allaiter parfois toutes les heures (principalement pendant les pics de croissance), je ne tenais plus la cadence. Littéralement épuisée, j’ai fini par accepter l’aide du papa et par faire des siestes afin de récupérer en même temps que bébé. J’ai donc vécu à son rythme quelques semaines et cela m’a fait beaucoup de bien (d’autant plus que je n’étais pas du tout soutenue dans mon allaitement par mes parents notamment, qui ne comprennent toujours pas pourquoi je continue encore à ce jour).

Trouvé sur le Pinterest de Véronique Darmangeat, consultante en lactation

Plusieurs fois, j’ai fondu en larmes et ai voulu arrêter, non pas par manque d’envie mais par éreintement. A chaque fois, j’avais cette petite voix au fond de moi qui me disait que je devais continuer, pour le bien de mon bébé et parce qu’au fond, j’y prenais aussi énormément de plaisir. Cédric m’a considérablement épaulé, me laissant toujours le choix quant à la suite que je comptais donner. Il a supporté bon nombre de crises mais a fait preuve de patience et de compréhension – et c’est en cela que je trouve qu’il y a eu partage et non exclusivité de l’allaitement car c’est tellement intense que cela se vit généralement à trois !

Progressivement et une fois le premier mois passé (non sans peine car Paul a eu une croissance très importante), j’ai commencé à tirer du lait lorsque je devais (ou voulais) sortir un peu. J’en ressentais le besoin car mon corps ne tenait plus la cadence et, face à l’épuisement, a cessé de produire du lait (un soir, brutalement …). J’ai donc dû suivre une cure homéopathique pendant une quinzaine de jours afin de relancer la machine et tout est rapidement rentré dans l’ordre. Au début, j’étais très stressée par mes escapades car j’avais toujours peur que bébé refuse le biberon ou que papa n’ait pas suffisamment de lait. Au final, tout s’est toujours très bien passé et comme je n’étais généralement pas bien loin, je me dépêchais de rentrer dès que les munitions venaient à manquer. En retrouvant un équilibre dans ma vie de femme et de maman, j’ai redécouvert mon allaitement et ne me privait plus d’aller ici et là. Avec de l’organisation, c’est-à-dire un départ après une tétée, je me suis rendue compte que je pouvais presque tout faire ; que je sois seule ou avec bébé. 

D’une nature pourtant un peu pudique, je n’ai jamais rencontré de difficulté pour allaiter à l’extérieur. J’ai eu recours à des techniques trouvées un peu partout (via des mamans sur les réseaux sociaux, en échangeant avec la sage-femme ou d’autres anciennes allaitantes) et je ne me suis jamais retrouvée à exhiber mon sein à tout bout de champ. En effet, les gens pensent souvent que les femmes allaitantes “aiment” dévoiler leur poitrine alors que la plupart du temps, cela n’est pas le cas. L’allaitement n’est pas de l’exhibitionnisme mais une façon de nourrir son enfant. Et c’est d’ailleurs l’une des principales contraintes que de devoir sortir son sein à tout bout de champ, alors même que l’espace ne s’y prête pas forcément – mais c’est ainsi et cela fait partie du “jeu”. A l’inverse, il est tellement pratique d’avoir toujours sur soi et sans aucun matériel le lait pour son bébé, toujours bien dosé et à bonne température !

Aujourd’hui, cela fait 5 mois (déjà) que j’allaite et je suis très fière de ce parcours. Je me suis fait confiance, moi qui ai toujours besoin d’avoir un contrôle sur les choses – ce qui est impossible lorsque l’on allaite – et j’ai tenu bon. Les tétées sont un peu plus espacées depuis que Paul a commencé doucement la diversification alimentaire (après ses 4 mois) donc je ne le ressens pas du tout comme une contrainte (mise à part dans l’habillement car je suis encore obligée de porter des tenues qui permettent d’allaiter facilement) et bébé fait bien la différence entre le sein, le biberon et la cuillère. Ses tétées, et en particulier celles du soir et du matin, sont de réelles parenthèses de partage et d’amour entre nous. Paul adore être au sein et me gratifie souvent de merveilleux sourires pendant ou après sa tétée – et c’est d’ailleurs dans les moments où je ressens tout son bien-être et tout son amour que je suis ravie de poursuivre cette aventure, avec et pour lui.

L’allaitement, bien qu’il n’est pas été un vieux rêve d’enfant mais plutôt une découverte découlant d’une forte envie pendant ma grossesse, reste l’une des expériences les plus fortes de ma vie. Malgré toutes mes baisses de régime et la fatigue qui s’en est suivie, je ne regrette absolument pas ce choix et comprend parfaitement celles qui ne souhaitent pas le faire ou qui y mettent fin rapidement. En effet, les démarrages peuvent être difficiles (d’autant plus avec celles qui n’ont pas de belles montées de lait – ce qui n’a pas été mon cas) mais le jeu en vaut la chandelle à mon sens. Je pense continuer jusque ses 6 mois et commencerai ensuite doucement le sevrage. Je n’ose pas encore y songer car je sais déjà que l’arrêt de l’allaitement sera difficile pour moi tant j’apprécie ces moments de complicité avec Paul. Je me demande aussi comment lui le vivra car je constate qu’il aime réellement ces instants qui n’appartiennent qu’à nous et ce, au-delà du simple fait nourricier. 

Cet article est long, je vous le concède, mais il est très difficile de “résumer” cette période qui s’étale sur plusieurs mois et qui m’a fait passer par toutes sortes d’émotions ! A l’heure actuelle et plus que tout, je suis très reconnaissante d’avoir pu poursuivre mon allaitement aussi longtemps et de voir que mon bébé s’épanouit de jour en jour – toujours en gardant ce lien privilégié avec sa maman.

Et vous, avez-vous allaité ? Quels sont vos avis / doutes / questionnements à ce sujet ?
Dîtes-moi tout en commentaire ! 

– Jude

5 Comments

  • Kathleen

    Mon dieu, je me retrouve tellement dans ton témoignage ! 😊
    Bien que j’ai pour ma part toujours voulu allaiter, à 5 mois je n’arrive pas à arrêter. Je suis fatiguée, exténuée mais c’est tellement plein d’amour ce moment! Une vraie complicité avec mon bébé. 😍😍
    La reprise du boulot, la fatigue et le manque de soutien de la famille m’ont plus d’une fois fait douter. Mais j’ai tellement de chance d’avoir le papa qui comprend ma décision et la respecte.
    Ces derniers temps j’ai l’impression qu’avec le travail mon bébé est moins au sein et j’en suis tellement contrariée. Je profite des weekend pour être au plus prêt d’elle. Je vois qu’elle en a besoin, cette toute petite, ma toute petite 💕
    Je sais pas si je tiendrai encore des mois mais aujourd’hui j’ai l’envie d’y croire, je profite de ces moments avec tellement de bonheur et de joie 😊
    En tout cas, merci d’avoir partager ton expérience, cela fait du bien de voir que d’autres vivent la même expérience avec autant de passion 😘

    • Jude

      Merci beaucoup Kathleen pour ton témoignage et tes compliments ! J’essaie effectivement de livrer l’ensemble de mon ressenti, sans tabous, car je pense que cela peut aider d’autres mamans et futures mamans. C’est très gentil à toi de nous faire part de ton expérience et je te souhaite bonne continuation dans ton allaitement 🙂 Je comprends tellement cette fatigue … Tiens bon, courage à toi 😘

  • Mélanie

    J’ai allaité mon fils 22 mois, malheureusement ça c’est fini en confusion sein/ tétine (Il en a fait une première a 16 mois et demi que j’ai réussi à rattraper mais celle a 22 mois à été fatal..), j’ai du mal à faire le deuil de cet allaitement.., c’est la plus belle exerience de ma vie (pas tout les jours facile mais j’étais déterminer) et j’ai hâte de recommencer avec bébé 2 en visant le sevrage naturel ❤

    • Jude

      Wow, 22 mois c’est super ! Je te comprends tellement. Je suis en plein sevrage avec Paul et c’est très dur à vivre ! Je prépare d’ailleurs un nouvel article sur ce sujet. Le sevrage est douloureux, tant pour maman que pour bébé et je trouve que nous ne sommes pas suffisamment informées / suivies par rapport à cela. Je te souhaite d’y parvenir pour bébé 2 et il me tarde également de remettre cela (malgré toutes les difficultés que cela implique) 🙂

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